BD et téléchargement illégal (3/3): Les alternatives au tout répressif.

Après mon message aux pirates, c’est au tour des « décideurs » d’en prendre pour leur grade! Voici quelques propositions pour faire avancer le débat … 

Arrêter de ne manier que le bâton, c’est vain et dangereux.

 Je pense avoir mis en avant mon rejet de la répression lorsqu’elle intervient comme seule « solution » face au téléchargement illégal. Mon père a l’habitude de prouver la stupidité d’un comportement en le poussant à son extrême, je vais lui rendre hommage en vous montrant ce que provoque la célèbre « riposte graduée» si on l’applique à d’autres situations:

par Snut pour PC Impact

Alors, la riposte graduée, la solution miracle? Bah non, ça soulage mais ça ne règle pas le problème.

Ne pas prendre les internautes pour des …………. (je n’ai rien écrit mais vous l’avez pensé).

Je ne veux plus entendre que « produire un livre numérique coûte aussi cher que produire un livre papier …bla bla bla …il est impossible de baisser les prix … bla bla bla ». Est-il décent, en occupant les postes qui sont les vôtres, d’expliquer que vous ne pouvez rien faire?

 Poser les vraies questions.

  • Sur les droits d’auteurs: Pourquoi certains de nos concitoyens – qui pourtant ne volent pas dans les magasins – n’ont-ils plus aucune culpabilité lorsqu’ils téléchargent sur internet? Associe-t-on un support immatériel à une certaine gratuité?

  • Sur l’offre légale : Quelle est la meilleure solution, la plus juste ? La licence globale totale ou partielle ? Quelles modalités pour les plateformes légales ?

  • Sur les tarifs : Quel est le coût de création et de mise en ligne d’un livre numérique ?

  • Sur l’utilisation des fichiers : Peut-on utiliser le fichier téléchargé légalement sur son téléphone, sa tablette et son ordinateur ou seulement sur l’une de ces interfaces ?

Développer les offres légales attractives dont Youboox (« bah dis donc, ils sont pas modestes chez Youboox »)

La consultation gratuite d’une large sélection de romans et BD sur les interfaces de votre choix ? Impossible ? Youboox le fait, petit à petit, tous les jours. Mr le Ministre de la culture, si vous voulez découvrir notre initiative, nous vous recevrons avec plaisir. Vous verrez, c’est unique en France, innovant et cela montre qu’une offre légale et « intéressante » est possible.

Iznéo en est un autre exemple. L’offre n’est pas parfaite mais elle réunit 8 grands éditeurs de BD – dont Dargaud, Dupuis, Le Lombard – qui se tourne vers le numérique. Vous pouvez télécharger 15 BD par mois pour 10€ ou 4,99€ à l’unité. Vous pouvez également louer le fichier pour dix jours.

S’ouvrir à de nouvelles expériences : Kody Chamberlain et le don direct.

Le dessinateur américain à qui l’on doit 30 days of Night donne la possibilité aux internautes de télécharger son travail ici et de faire un don sur son compte Paypal.  J’imagine déjà l’éditeur qui s’exclame : « Quoi, on peut se passer de moi ?!». Oui, les artistes et les internautes finiront par se passer de ceux qui ignorent les nouvelles pratiques de notre société.

En complément d’une sanction juste pour les «pirates », il existe un tas d’initiatives à explorer. Mesdames, Messieurs, au travail!

Chers lecteurs, n’hésitez pas à nous faire part de vos idées, le débat est ouvert.

A bientôt !

par Hayat Slimani

BD et téléchargement illégal (2/3) : A tous les pirates, 5 bonnes raisons de défendre Hadopi !

Aujourd’hui, je vous livre une petite réflexion à propos de la seule arme de l’Etat contre le téléchargement illégal. Je pense bien sûr à Hadopi, la loi qui a donné naissance à l’institution du même nom. Mon hypothèse est la suivante: Hadopi arrange les «grands », je veux dire les grands éditeurs, les grandes maisons de disques et surtout les meilleurs pirates. Un comble … Imaginez vous, téléchargeant plusieurs dizaines de fichiers par jour et laissez-moi vous expliquer en quoi Hadopi a toutes les raisons de vous plaire ! 

1) Vous pouvez télécharger avec la connexion du voisin, c’est lui qui payera.

Vous piratez la connexion wifi de votre brave voisin d’ à coté, bien moins armé que vous en la matière et téléchargez à votre guise. Ça tombe bien, c’est lui qui prendra puisque l’institution l’attaquera. Après tout, il est responsable de sa connexion. De toute façon, la loi le présumera coupable et il n’y aura pas d’enquête. Pirater c’est mal mais avec Hadopi se faire pirater c’est pire!


2) Même sur votre propre connexion, vous connaissez au moins 13 moyens de contourner la loi.

Le streaming, les hébergeurs de fichiers, les forums d’échange … En bon pirate que vous êtes, vous avez plus d’une corde à votre arc. Hadopi ignore ces moyens de téléchargements, pas vous.

3) Vous n’aimez pas Johnny Hallyday et vous ne téléchargez que du rock afghan (Si, si ça existe. Un exemple ici).

Encore une fois, en tant que pirate, Hadopi vous arrange ! Ils ne vérifient que les téléchargements à partir d’un catalogue ciblé. On y retrouve des majors, des grands éditeurs, des studios de cinéma prestigieux. Dommage pour le petit éditeur et la maison de disque indépendante. Ils vont continuer à se faire piller.

4) Quoi ?! La loi a couté 12 millions d’euros à l’Etat en 2011 ?

Vous trouvez ça un peu cher pour l’envoi de mails menaçants et de lettres en recommandée. Mais ce n’est pas grave, même si vous vous compromettez un jour ou l’autre, vous avez plus de chance de gagner au loto que de recevoir ces fameux mails.

5)Vous avez un bel avenir de pirate devant vous.

Les éditeurs font la politique de l’autruche et sont occupés à se disputer avec le gouvernement. Trop occupés pour nous proposer des offres légales intéressantes. Bref, Hadopi, ça arrange tout le monde sauf le consommateur honnête qui encore une fois, va payer cher.

 

Après la critique, soyons constructifs ! Dans le prochaine épisode, je reviens pour vous présenter des initiatives intéressantes contre le téléchargement illégal.

Pour terminer, lisez la petite BD sur Hadopi : Hadopi 4 dead.

A bientôt

par Hayat Slimani 

BD et téléchargement illégal (1/3) : la catégorie éditoriale la plus touchée.

Tout au long de la semaine, je vous propose de réfléchir au sujet du moment : le téléchargement illégal. Un rapport indique que la BD est la catégorie éditoriale la plus touchée.

Le festival d’Angoulême est terminé. En tant que lecteur, vous devez avoir plein d’images et de belles rencontres en tête. En revanche, si vous êtes éditeur, vous n’avez pas récolté que de bonnes nouvelles cette année. A l’occasion du festival, l’observatoire du livre et de l’écrit en Île-de-France a publié un rapport sur téléchargement illégal de livres numériques. Je vois déjà les éditeurs, avec leurs petites calculettes, essayant de chiffrer le manque à gagner.

Jusqu’à 10.000 titres accessibles en quelques clics.

Le rapport montre que les sites de téléchargements illégaux généralistes qui proposent des ebooks de toutes catégories ont un large catalogue de BD trié par auteurs, dates et éditeurs. Les sites spécialisés dans le téléchargement de BD proposent même des « bundles », des paquets de BD. L’internaute peut alors télécharger jusqu’à 100Go de BD. Entre 8000 et 10 000 titres seraient accessibles. Le plus téléchargé ? Le guide du sexe en BD de Goupil. Tiens donc.

 

Qui sont ces affreux pirates ? 

Les fichiers, de très hautes qualités, ne sont pas l’œuvre d’amateurs. Les passionnés sont organisés en « teams » et traduisent parfois des centaines de pages de leurs BD préférées. Certains ne font que traduire, d’autres mettent en ligne ou s’assurent de la qualité du travail. Cette répartition des taches, manifestement efficace, leur permet de gérer les sites sur lesquels ils disposent des liens ou des fichiers. (Et là, vous êtes déçus car je n’ai inclus aucun lien vers les sites, je suis nouvelle vous comprenez, «je tiens à mon poste» comme on dit).

Le peer-to-peer, complètement dépassé ?

Le peer-to-peer est progressivement remplacé par le téléchargement direct via des sites qui proposent des centaines de liens et ouvrent de nouveaux horizons pour le téléchargement illégal. Il est très simple d’utiliser ces moyens pour accéder à la BD de son choix. Et pour ceux qui n’y trouvent pas leur compte, il reste le streaming. Autrefois utilisé pour les mangas, les amateurs de BD s’y mettent. Pas question de « cracker » les fichiers numériques légaux, ils scannent eux-mêmes les œuvres.

Des raisons qui expliquent le « succès » des BD ?

La mise à disposition de BD de façon illégale est bien plus simple que la mise à disposition de romans. Demandant moins de modifications, elle est plus rapide. L’offre légale est quasi-inexistante. Dommage pour un format qui se prête bien à la lecture en ligne.

Dans le prochain épisode, c’est promis, je prononce le mot qui fâche : Hadopi. On parlera des solutions – ou plutôt des non-solutions, voilà, ça c’est dit – adoptées en France et ailleurs !

A bientôt!

par Hayat Slimani