Le lauréat du prix Arsène Lupin 2013 est sur Youboox !

Au service secret de Sa Sainteté a reçu le 3 mai 2013 le prix Arsène Lupin de la littérature policière. Youboox a voulu aller regarder ça de plus près, et comprendre ce que ce roman avait de si exceptionnel ! Après lecture, on comprend mieux l’attribution du prix : voici un roman policier explosif, plein d’énergie, et qui n’hésite pas à prendre position… Un livre engagé à l’intrigue bien ficelée, des personnages aux caractères bien trempés : tous les ingrédients sont là pour nous faire passer un excellent moment de lecture !

L’intrigue : lorsque son évêque l’informe qu’il doit quitter sur le champ sa petite paroisse de Boussouma, au fin fond du Burkina Faso, pour répondre à une convocation du Saint-Siège, le père Swift se doute bien que les ennuis vont commencer. Rattrapé par son passé, l’ancien activiste entré dans les ordres va devoir reprendre du service, au service de sa Sainteté. Dans une principauté plus infernale que paradisiaque – toute ressemblance avec des principautés existant ou ayant existé serait totalement fortuite – le missionnaire en mission spéciale va retrouver les automatismes d’antan et démontrer que sacerdoce peut rimer avec plaies et bosses.

Notre avis : Si le roman policier n’est pas mon genre littéraire favori, c’est parce que, trop souvent à mon goût, l’envie de connaître le fin mot de l’histoire prend le pas sur le plaisir de la lecture : au lieu de savourer le livre, on se retrouve à avaler les pages à une vitesse folle, et trois jours plus tard, on a oublié les trois quarts de sa lecture. Aucun risque de ce côté-là avec le roman de Patrick Raynal : si l’on est incapable de s’arrêter de lire, ce n’est pas seulement pour voir le mystère résolu, mais surtout pour le plaisir de la lecture. Les personnages truculents, à la personnalité nuancée, ont une réelle consistance ; le style est original, ironique et souvent drôle ; et l’intrigue dessert une critique acerbe et bien documentée de notre système… Et enfin, le vrai plus de ce livre, ce sont les dialogues, magistralement écrits. Les personnages se renvoient sans cesse la balle avec une répartie mordante et toujours bien sentie : ce sont ces conversations enlevées et enjouées qui font tout le sel de l’écriture de Patrick Raynal.

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Et pour finir, quelques questions à Patrick Raynal

Le nom de votre personnage principal est un hommage direct à l’écrivain anglo-irlandais Jonathan Swift, connu pour son mordant et son ironie sur la société. Cette référence directe laisse penser qu’il vous importe plus d’inscrire votre texte dans une veine satirique que dans le genre roman d’espionnage…

C’est vrai. C’est vrai aussi que j’aime la littérature irlandaise, l’Irlande et les Irlandais. Je me sens plutôt celte dans l’âme. De plus, c’est vrai que j’avais plus envie d’écrire une comédie qu’une tragédie. Castigat mores ridendo, comme on disait de Molière (non, je n’ai pas attrapé le melon).

Votre héros, prêtre, lit et relit en boucle Graham Greene, qui s’interrogeait à travers ses écrits sur le catholicisme. Votre héros a-t-il vraiment la foi, lui qu’on soupçonne de n’être qu’un « Blanc orgueilleux assez riche pour jouer au curé en achetant la misère » ?

Je tiens Graham Greene pour l’un des grands romanciers du XXe siècle. Ce qui me fascine chez lui, c’est le mélange de catholicisme et de marxisme. En cela, Swift (le mien) est un personnage que j’ai voulu greenien. Bien sûr qu’il a la foi, sinon le personnage ne tient pas.

Et vous, quel est votre propre rapport à la religion ?

Je refuse de me dire athée parce que j’ai horreur de ceux qui s’accrochent à une certitude sur l’idée éminemment complexe de Dieu. Je ne suis pas croyant et, surtout, je hais l’idée même de la religion, avec une haine particulière pour les monothéistes.

Les ressemblances ne sont pas purement fortuites dans ce roman. Faut-il y voir une peinture féroce d’une célèbre principauté ? Une critique plus symbolique des paradis fiscaux en général ?

La principauté en question me semble un bon exemple de tout ce que je déteste dans le monde capitaliste.

On retrouve un peu de votre propre passé de militant d’extrême-gauche dans celui, sulfureux, du héros. Voyez-vous la littérature comme un autre moyen de lutter pour ses idées ?

Je ne pense pas que la littérature soit une arme. En revanche, je crois qu’elle est un excellent moyen de mettre en scène des histoires et des personnages qui croient en ces idées.

La qualité des dialogues trahit l’expérience d’un écrivain, aspirants écrivains souffrant souvent de faiblesse. A l’inverse, l’un des grands atouts d’Au service secret de Sa Sainteté truculents et particulièrement drôles. Comment les travaillez-vous ?

Je crois que j’ai depuis toujours un petit don pour les dialogues. Je me suis contenté de le travailler en étant très attentif aux dialogues des autres. Particulièrement ceux des grands dialoguistes de cinoche.

Enfin, petit clin d’oeil, irez-vous voir au cinéma la réincarnation de Grace Kelly sous les traits de Nicole Kidman ?

Sûrement.

Interview accordée à L’écailler par Patrick Raynal en novembre 2012

 

Petite sélection de romans policiers pour les non-initiés (2/2)

Dimanche, le soleil, la chaise longue. Tout est dit. Si vous hésitez encore et que vous ne savez pas quoi lire, je vous propose deux romans policiers disponibles sur Youboox et une escale à l’autre bout du monde pour découvrir une merveille de la littérature policière japonaise. 

Complots, sectes et mafia

Vous pensez que les enquêteurs vont au bout d’une enquête juste par amour du travail bien fait ? Ont-ils toujours une question à régler avec eux-mêmes, une question existentielle qui les obsède ? Dans Sombre Azur de Marc-Aurèle Guerrier (La madolière), le capitaine Stanislas Vingt-Trois est en quête de vérité sur l’assassinat de son épouse. Il doit répondre à l’appel du juge Panafieu et se rendre à Nice. Avec son équipier Matthias Vanharé, il infiltre l’Eglise du Renouveau Karmique avec à sa tête le grand gourou que tout le monde appelle le maître des Métempsycoses.  C’est dans cet univers  que les deux hommes vont devoir évoluer. Le récit tient en haleine dès le premier mot, les dialogues sont soignés. L’auteur nous offre un polar rythmé qui plonge dans une quête de la vérité. Un excellent polar aux accents ésotériques et occultes que vous pouvez découvrir ici.

Poursuivons avec un polar à tendance Da Vinci Code. Si vous aimez les histoires de meurtres mêlés aux secrets du Vatican, le roman Le livre défendu de Florence Dell’Aiera (Morey Editions) a tout pour vous plaire. Jonas Stern est professeur aux Beaux-Arts. Obsédé par la mort tragique de son père, il découvre que ce dernier recherchait un livre mystérieux, le livre défendu. Avec Claire, dont le père a aussi été assassiné et Tod, un journaliste, Jonas se lance dans une quête, sur les pas de son père. Qui était vraiment Jésus ? Est-ce bien la question que pose le manuscrit secret ? Florence Dell’Aiera mêle voyages dans le temps, Histoire des religions et science pour nous offrir une intrigue palpitante à lire ici.

 

Pour finir, une escale au Japon ! 

L’auteur, Edogawa Ranpo, est le maître du roman policier au Japon et ses livres sont des merveilles! Si vous voulez lire un roman policier très original, je vous conseille L’ile Panorama (Casterman). Savez-vous ce qu’est le panorama ? C’est une forme d’art et de spectacle très populaire au Japon. Le spectateur traverse un couloir étroit et sombre, entre dans une pièce et se retrouve dans un univers complètement construit par l’artiste : un chateau fort, une ile déserte … ou des milliers d’autres univers sortant tout droit de l’imagination de l’artiste.

Dans L’ile Panorama, Hitomi,étudiant rêveur et un peu décalé, profite de sa ressemblance avec un millionnaire décedé et élabore un plan machiavélique pour prendre la place du mort. Il entreprend la construction d’une ile idéale pour y emmener sa petite amie. Un univers inquiétant entre érotisme, perversion et mort certaine et un savant mélange entre le polar, le fantastique et le surréaliste!

Bonne lecture et n’hésitez pas à nous faire découvrir vos coups de coeur littéraires sur le forum Youboox!

par Hayat Slimani

Petite sélection de romans policiers pour les non-initiés (1/2)

Pour un écrire un polar, la recette est souvent la même : un cadavre pas beau à voir, des enquêteurs embourbés dans leurs questions existentielles, de faux indices et un dénouement après lequel on s’exclame que « c’était lui le meurtrier! je le savais depuis le début! » même si l’on a absolument rien vu venir avant la dernière page. Si vous voulez avoir des frissons – j’ai dis avoir des frissons, pas être terrorisé, il faut que la lecture reste un plaisir -  laissez-vous tenter par cette sélection de romans policiers. 

Le roman policier du mois 

Si vous ne savez pas quoi faire ce dimanche, ça tombe bien puisque c’est le jour de sortie de La douceur de la vie de Paulus Hochgatterer (Quidam Editions).

Dans une petite ville autrichienne en apparence paisible, un vieil homme est retrouvé mort avec le visage broyé. Sa petite fille Khatarina, qui a fait la découverte macabre, ne parle plus depuis ce jour. Si seulement le commissaire Kovacs, chargé de l’affaire,  pouvait être un peu plus coopératif … En cette période de fêtes de fin d’année, il rechigne à s’emparer de l’affaire. Il préfère faire la tournée des auberges ou s’accrocher à Marlène. Certes, leur histoire est fatalement érotique mais un petit vieux vient de se faire assassiner. Le problème dans ce petit village, c’est que tous les habitants cachent un secret. Pas un petit secret. Le secret qui peut vous mener en prison : l’homme qui bat ses filles quasiment à mort, la femme qui prend son bébé pour le diable en personne. Bref, avec la mort du vieil homme, on comprend que le village a perdu sa dernière part de raison.

Je vous conseille vivement ce livre dans lequel il n’y a rien de superflu. L’écriture est riche, on découvre donc mille et une choses quand on lit aussi entre les lignes.  Le talent d’Hochgatterer, c’est d’avoir réuni tous les ingrédients du polar en y ajoutant une dimension passionnante, une quasi étude sociale de notre époque. Une histoire bien ficelée et utile si vous avez tendance à oublier qu’il faut se méfier des apparences.

Le polar auquel on ne s’attend pas 

Envisager Emma de Jane Austen comme un roman policier me vaut pas mal de regards étonnés et interrogateurs. Dans Emma, ne cherchez pas de meurtre, il n’y en a pas mais tous les spécialistes de Jane Austen nous dise qu’on peut le considérer comme un roman policier. Comme j’aime les défis idiots et que je n’avais pas encore lu Emma, j’ai profité du beau temps et du parc le plus proche pour me plonger dans le livre.  Mon verdict ? N’essayer pas de relever le défi en ne lisant que 10 pages, c’est à la fin que l’on comprend tout et effectivement, il y a quelques éléments troublants. Lisez Emma dans cette optique et vous verrez l’héroïne d’Austen sous un autre jour. Des phrases qui vous paraissent anodines à la première lecture vous laisseront entrevoir quelques mystères! (Ok, je vous donne un indice : relisez les conversations entre Frank et Emma). Et puis, ce n’est pas pour faire de la pub mais vous pouvez le lire en français ou en anglais sur Youboox.

Pour la suite de notre périple policier, j’ai prévu des romans que vous trouverez en librairie, récents, à lire gratuitement sur Youboox. En attendant, n’hésitez pas à nous faire part de vos belles expériences littéraires en laissant un petit commentaire.

Bonne lecture!

par Hayat Slimani