En ce mois de mai, j’ai poussé la porte de ma librairie préférée et pris le temps d’admirer les couvertures brillantes des livres qui viennent d’arriver. Je suis ravie de partager avec vous de belles découvertes ! Au programme : des romans sur l’identité et le dérèglement du monde avec des personnages rongés par leurs excés et plus rien qui ne tourne rond. Accrochez-vous.
Savez-vous ce qui est passionnant chez les colonies de fourmis ? Leurs ballets incessants dans lesquels chacune à son rôle, sa place. Avec les peuples, c’est pareil, vous ne trouvez pas ? C’est ce que m’a inspiré Le crépuscule des fourmis de Zaven Biberian (Metis presses). L’histoire de Bared, jeune arménien dans l’Istanbul des années 40 et 50 ne vous laissera pas de marbre. Allant sans cesse du collectif à l’individuel, le récit nous montre la difficulté pour cet anti-héros, tout juste sorti du service militaire, de se réintégrer dans sa famille et sa société qu’il ne reconnaît plus. Comment faire pour aimer à nouveau ces personnes et ces lieux changés ? Une histoire poignante sur le sentiment d’être en trop quand tous ont appris à faire sans vous.
Avec Le gouffre, Franck Norris (Ed. du Sonnet) nous plonge dans la ville de Chicago en 1900, place majeur du commerce mondial où chaque jour, les hommes et les nations s’échangent des matières premières. Dans ce tourbillon qui ne s’arrête jamais, l’histoire de Curtis Jadwin a une résonance particulière pour notre époque. Brillant financier, réputé pour sa prudence et sa gestion rigoureuse des affaires, tout s’annonce pour le mieux. Il est amoureux et a obtenu les faveurs de celle qui anime son cœur. Alors qu’il n’aspire qu’à profiter en paix de la fortune amassée, il va jouer ce dernier « coup », prendre une fatale décision. Curtis ne sait plus s’arrêter et Norris en profite pour nous plonger dans cette histoire qui tourne mal, dans cette obsession folle qui prend le pas sur tout le reste. Le gouffre n’est pas l’un de ces livres qui attaque la finance, il nous montre l’histoire complexe d’un homme pris par l’appât du gain. Un roman dérangeant.
Hobboes, le récit de mon cauchemar absolu ! La perte de tous les repères, aussi fragiles soient-ils… Partout sur terre, c’est la catastrophe et pour Raphael Banes, le professeur pensant être à l’abri, rien ne va plus. Il faut avouer qu’il doit avoir du mal à reconnaître ses semblables. Les pécheurs se précipitent du haut des falaises et les gourous fleurissent pour séduire par centaines ceux qui courent après le dernier espoir. Le livre de Philippe Cavalier (Ed. Anne Carrière) est une fresque épique qui vaut le détour.
Bonne lecture !
par Hayat Slimani


