En pleine écriture de son autobiographie Les rêveries du promeneur solitaire, Jean-Jacques Rousseau nous a fait faux bond en 1778. Après une absence record de 234 ans, il revient à Paris. Il a choisi Youboox pour son grand retour. Rencontre avec le plus grand fugueur de l’Histoire de la littérature.

Rousseau, toujours aussi fringant.
Youboox : Bonjour Jean-Jacques ! Nous sommes ravis de vous accueillir après cette longue pause dans votre carrière. Qu’avez-vous fait pendant tout ce temps ?
Jean-Jacques Rousseau : Je n’ai pas écrit pendant ces 234 années qui me séparent du moment où j’ai posé ma plume sur le manuscrit des Rêveries du promeneur solitaire pour ne plus jamais y revenir. Disons qu’il y a des moments de l’Histoire où mes théories ont pris quelques coups. J’aurai mieux fait de me taire lorsque j’ai déclaré que la religion était un objet de paix. J’ai été condamné à vivre plusieurs dizaines d’années avec Voltaire, le type le plus fourbe du monde après BHL mais les rancoeurs se diluant bien dans l’alcool, nous sommes devenus amis.
Youboox : Après une telle absence, que pensez-vous de l’utilisation que le monde a fait de vos théories ?
J.-J. R. : Je suis indigné. Comprenez qu’il y a des colères saines. Mon contrat social a été détourné. J’affirme que le contrat social est un moyen pour tous d’être libre et égaux et voilà qu’une poignée de philosophes dégénérés incluent les femmes dans ce « tous » et le droit de vote leur est accordé. – Silence, Jean-Jacques est perdu dans ses pensées puis il reprend- . Je dois avouer que je me suis trompé sur les femmes. Femmes et hommes sont égaux, au moins en matière de bêtise, les échéances électorales des dernières dizaines d’années l’ont bien montré. Nous votons tous plus mal les uns que les autres.
Youboox (équipe étonnée) : Vous votez, Jean-Jacques ?
J.-J. R : Oui, je suis électeur à Hénin-Beaumont mais je garderais secret le nom que j’ai glissé dans l’urne.
Youboox : Bien … continuons. Nous avons relu vos œuvres avec attention, le tout en version numérique.
J.-J. R (complétement affolé): En version quoi ?!
Youboox : En version numérique, Jean-Jacques. On avait un fichier PDF avec l’intégralité de vos écrits.
J.-J. R : Oui, j’ai entendu dire que vous étiez sur ce crédo et que vous aviez déjà plus de 10 000 utilisateurs (nb : ça, c’est vrai par contre). J’ai mis du temps à comprendre le système de la tablette qui permet d’emporter des milliers de livres avec soi. Malheureux que je suis, j’ai acheté une tablette par livre … impossible de transporter tous mes Ipad avec moi.
Rassurez-vous, je suis ravie que mes ouvrages soient disponibles pour le plus grand nombre de lecteurs et qu’ils aient un tel succès. Cela me permettra de clouer au pilori mon éditeur de l’époque que j’ai du supplier pour qu’il me publie. Je vous félicite pour votre belle initiative, Youboox ira loin. – nb : l’équipe Youboox jure que Jean-Jacques a bel et bien affirmé cela, en nous regardant droit dans les yeux.
Youboox : Que pensez-vous des livres numériques Jean-Jacques ?
J.-J. R : Les inventions du siècle actuel me passionnent. J’ai traversé les siècles et je sais que le livre numérique est à la littérature ce que Facebook est aux relations sociales. On ne peut plus y échapper, on a un peu honte de dire que ça nous plait, on le consulte en douce au bureau et quoi qu’il arrive, on est obligé de faire avec. Je conseille aux éditeurs de faire comme Mark Zuckerberg : être les premiers sur le coup.
Youboox : Vous pouvez nous en dire un peu plus sur votre projet en préparation?
J.-J. R : Tout d’abord, j’assure des missions de figuration en jouant mon propre rôle comme je le ferai demain à l’occasion d’une vaste exposition qui m’est consacré au Panthéon. Je tiens à jour ma page Wikipédia et je vais me remettre doucement à l’écriture en me concentrant sur les romans car apparemment le reste est très risqué, l’écriture de tweets notamment.
Youboox : Très bien ! Nous ne twitterons rien de votre interview, promis. Merci.
L’équipe Youboox remercie Jean-Jacques Rousseau pour le temps qu’il nous a accordé.
Propos vraiment recueillis par Hayat Slimani.