Les sorties littéraires de Mars 2012 : un peu de BD, beaucoup de polars.

Youboox est lancé. On a pris une photo de groupe qu’on postera après les retouches nécessaires puisqu’on a encore les yeux rouges. En attendant, passons à notre rituel des sorties littéraires du mois. En mars 2012, il y a un peu de BD et beaucoup de polars!

Une métamorphose iranienne, un périple kafkaïen.

La métamorphose est une histoire vraie, celle d’un jeune dessinateur qui se transforme peu à peu en détenu au dos courbé. Derrière l’humour grinçant de Mana Neyestani, on lit la peur de celui qui fut emprisonné en 2006 pour avoir publié le dialogue fictif entre un cafard et un enfant dans un journal iranien. Il utilise des mots « azéri », ceux d’un peuple opprimé par le régime central. Les autorités iraniennes l’emprisonne puis il subit des interrogatoires interminables. Dehors, les Azéris manifestent pour attirer l’attention sur leur cause et le gouvernement tirera même sur la foule à plusieurs reprises. Après deux mois d’isolation, il obtient un droit de sortie temporaire et s’enfuit. Traversant plusieurs pays, c’est à Paris que Neyestani termine son voyage pour nous livrer cette magnifique BD-témoignage où il mêle tragédie et moments de poésie.

Des illustrations du Trône de fer de George R.R. Martin par des artistes de Fantasy

Vous connaissez la saga fantasy au cœur du royaume des Sept Couronnes dont les membres se dispute le pouvoir depuis des siècles ? Évidemment, je vous conseille de lire les 4 tomes pour vous rendre compte de la richesse du récit: une époque oubliée et des centaines de personnages qui se livrent une luttes acharnée pour contrôler le trône de fer. Soleil Productions propose deux albums (le tome 2 sort le 23 mars) qui regroupe des dessins magnifiques inspirés de l’histoire. Ils sont signés Jim Burns, John
 Howe ou encore Ted Nasmith. 

Vous connaissez le «bystander effect» ?

Le bystander effect, c’est l’effet du témoin. Imaginez une agression dans une rue bondée de monde. Personne ne réagit car chacun pense que l’autre le fera. Conclusion : plus il y a de monde qui assistent à une situation d’urgence, moins vous avez de chance qu’une personne réagisse. C’est flippant, non ? Dans le roman De bons voisins (Actes Sud) de Ryan David Jahn, c’est ce qui arrive à Kat Marino. Elle est agressé au couteau et ses voisins sont témoins de la scène. Personne n’avertira la police, chacun suppose que les autres le feront. L’auteur donne la paroles à ses voisins et dresse un portrait très instructif de la violence dans le New-York des années 60.  Le roman est sorti est janvier mais je n’ai pas pu m’empêcher de le présenter, je l’ai adoré!

« Les crimes commencent par des aveux »

Le tribunal des âmes (Calmann-Lévy) de Donato Carrisi est un thriller qui nous vient tout droit d’Italie. Pour la Dolce Vita, on repassera. Marcus est spécialiste des scènes de crimes et doit en percer tous les secrets. Il y a un hic: il vient de perdre la mémoire alors qu’il était le seule à pouvoir élucider les mystères de l’enlèvement d’une étudiante. Il croise la route de Sandra, une enquêtrice qui prend en photo toutes les scènes de crimes de la capitale. Il y a un an, son mari est tombé du haut d’un immeuble et elle n’a jamais cru à l’accident. Faut-il pardonner, oublier, se venger ? Marcus et Sandra se croise et nous emmène dans un périple au cœur de la capitale italienne.

Corps étrangers, le récit d’une fuite en avant dans le Paris des années 50

Julian et Lili sont mariés, jeunes, beaux et pourtant … Un peu plus tôt, Julian avait quitté les Etats-Unis pour échapper à un père tyrannique. A Paris, il avait rencontré Lili, une Roumaine encore marquée par la guerre. Ce couple à la dérive évolue dans un Paris coupé en deux, le Paris heureux et soulagé dans cette période d’après-guerre et le Paris des silhouettes à jamais meurtries. Cynthia Ozcik nous dit tout du déracinement dans Corps étrangers (Éditions de l’Olivier).

Et les nouveaux tomes sont …

Si vous avez commencé la lecture de 1Q84 qui relate le parcours croisé d’une tueuse à gages et d’un prof qui rêve de devenir écrivain, sachez que le 3ème tome du livre de Karuki Murakami sort chez Belfond. Enfin, Perre Bordage a terminé Frère Elthor, le 5ème tome de la fraternité du Panca. Vous pouvez lire les premiers sur Youboox.

Bonne lecture!

par Hayat Slimani

 

 

 

 

BD et téléchargement illégal (2/3) : A tous les pirates, 5 bonnes raisons de défendre Hadopi !

Aujourd’hui, je vous livre une petite réflexion à propos de la seule arme de l’Etat contre le téléchargement illégal. Je pense bien sûr à Hadopi, la loi qui a donné naissance à l’institution du même nom. Mon hypothèse est la suivante: Hadopi arrange les «grands », je veux dire les grands éditeurs, les grandes maisons de disques et surtout les meilleurs pirates. Un comble … Imaginez vous, téléchargeant plusieurs dizaines de fichiers par jour et laissez-moi vous expliquer en quoi Hadopi a toutes les raisons de vous plaire ! 

1) Vous pouvez télécharger avec la connexion du voisin, c’est lui qui payera.

Vous piratez la connexion wifi de votre brave voisin d’ à coté, bien moins armé que vous en la matière et téléchargez à votre guise. Ça tombe bien, c’est lui qui prendra puisque l’institution l’attaquera. Après tout, il est responsable de sa connexion. De toute façon, la loi le présumera coupable et il n’y aura pas d’enquête. Pirater c’est mal mais avec Hadopi se faire pirater c’est pire!


2) Même sur votre propre connexion, vous connaissez au moins 13 moyens de contourner la loi.

Le streaming, les hébergeurs de fichiers, les forums d’échange … En bon pirate que vous êtes, vous avez plus d’une corde à votre arc. Hadopi ignore ces moyens de téléchargements, pas vous.

3) Vous n’aimez pas Johnny Hallyday et vous ne téléchargez que du rock afghan (Si, si ça existe. Un exemple ici).

Encore une fois, en tant que pirate, Hadopi vous arrange ! Ils ne vérifient que les téléchargements à partir d’un catalogue ciblé. On y retrouve des majors, des grands éditeurs, des studios de cinéma prestigieux. Dommage pour le petit éditeur et la maison de disque indépendante. Ils vont continuer à se faire piller.

4) Quoi ?! La loi a couté 12 millions d’euros à l’Etat en 2011 ?

Vous trouvez ça un peu cher pour l’envoi de mails menaçants et de lettres en recommandée. Mais ce n’est pas grave, même si vous vous compromettez un jour ou l’autre, vous avez plus de chance de gagner au loto que de recevoir ces fameux mails.

5)Vous avez un bel avenir de pirate devant vous.

Les éditeurs font la politique de l’autruche et sont occupés à se disputer avec le gouvernement. Trop occupés pour nous proposer des offres légales intéressantes. Bref, Hadopi, ça arrange tout le monde sauf le consommateur honnête qui encore une fois, va payer cher.

 

Après la critique, soyons constructifs ! Dans le prochaine épisode, je reviens pour vous présenter des initiatives intéressantes contre le téléchargement illégal.

Pour terminer, lisez la petite BD sur Hadopi : Hadopi 4 dead.

A bientôt

par Hayat Slimani 

BD et téléchargement illégal (1/3) : la catégorie éditoriale la plus touchée.

Tout au long de la semaine, je vous propose de réfléchir au sujet du moment : le téléchargement illégal. Un rapport indique que la BD est la catégorie éditoriale la plus touchée.

Le festival d’Angoulême est terminé. En tant que lecteur, vous devez avoir plein d’images et de belles rencontres en tête. En revanche, si vous êtes éditeur, vous n’avez pas récolté que de bonnes nouvelles cette année. A l’occasion du festival, l’observatoire du livre et de l’écrit en Île-de-France a publié un rapport sur téléchargement illégal de livres numériques. Je vois déjà les éditeurs, avec leurs petites calculettes, essayant de chiffrer le manque à gagner.

Jusqu’à 10.000 titres accessibles en quelques clics.

Le rapport montre que les sites de téléchargements illégaux généralistes qui proposent des ebooks de toutes catégories ont un large catalogue de BD trié par auteurs, dates et éditeurs. Les sites spécialisés dans le téléchargement de BD proposent même des « bundles », des paquets de BD. L’internaute peut alors télécharger jusqu’à 100Go de BD. Entre 8000 et 10 000 titres seraient accessibles. Le plus téléchargé ? Le guide du sexe en BD de Goupil. Tiens donc.

 

Qui sont ces affreux pirates ? 

Les fichiers, de très hautes qualités, ne sont pas l’œuvre d’amateurs. Les passionnés sont organisés en « teams » et traduisent parfois des centaines de pages de leurs BD préférées. Certains ne font que traduire, d’autres mettent en ligne ou s’assurent de la qualité du travail. Cette répartition des taches, manifestement efficace, leur permet de gérer les sites sur lesquels ils disposent des liens ou des fichiers. (Et là, vous êtes déçus car je n’ai inclus aucun lien vers les sites, je suis nouvelle vous comprenez, «je tiens à mon poste» comme on dit).

Le peer-to-peer, complètement dépassé ?

Le peer-to-peer est progressivement remplacé par le téléchargement direct via des sites qui proposent des centaines de liens et ouvrent de nouveaux horizons pour le téléchargement illégal. Il est très simple d’utiliser ces moyens pour accéder à la BD de son choix. Et pour ceux qui n’y trouvent pas leur compte, il reste le streaming. Autrefois utilisé pour les mangas, les amateurs de BD s’y mettent. Pas question de « cracker » les fichiers numériques légaux, ils scannent eux-mêmes les œuvres.

Des raisons qui expliquent le « succès » des BD ?

La mise à disposition de BD de façon illégale est bien plus simple que la mise à disposition de romans. Demandant moins de modifications, elle est plus rapide. L’offre légale est quasi-inexistante. Dommage pour un format qui se prête bien à la lecture en ligne.

Dans le prochain épisode, c’est promis, je prononce le mot qui fâche : Hadopi. On parlera des solutions – ou plutôt des non-solutions, voilà, ça c’est dit – adoptées en France et ailleurs !

A bientôt!

par Hayat Slimani


5 bonnes raisons de lire la BD Quai d’Orsay

La série Quai d’Orsay est née en 2010 de la collaboration entre Abel Lanzac, ancien conseiller au ministère des affaires étrangères et Christophe Blain, dessinateur des BD Gus. Après le succès du premier tome (Le Conseiller), ils remettent ça avec Chroniques diplomatiques. Un album hilarant et criant de vérité.

Arthur Vlaminck est chargé du « langage » au ministère des affaires étrangères. L’universitaire rédige les discours du ministre et se fait tailler en pièce. Si vous n’avez jamais réussi à entrer au Quai d’Orsay, poussez un soupir de soulagement et dites adieu à vos regrets. Vlaminck subit les remontrances continuelles, les nuits blanches à travailler sur deux mots sachant qu’au petit matin, le ministre à changé d’avis ou le gratifie d’un « Mais qui a eu cette idée stupide ! ». En plus, pas une réunion sans qu’un collège ne lui vole son travail (ça par contre … ça arrive partout).

Vous serez encore plus soulagé de ne pas écrire les discours du ministre.

Ce deuxième tome s’intéresse aux relations franco-américaines. Le pauvre Vlaminck est obligé d’écrire le discours du ministre Taillard de Vorms. Les Etats-Unis veulent s’engager dans une guerre contre le royaume de Lousdem et ce dernier s’apprête à intervenir à l’ONU. Tiens, tiens, ça vous rappelle pas un certain discours à propos de la guerre en Irak?

 Vous saurez à quoi servent vos impôts.

 C’est la partie moins drôle, histoire de saper le moral. C’est pour qui la note de l’hôtel 5 étoiles du ministre ? Et le coût de ses caprices ? Et le prix de tout ce qu’il faut pour le présenter à son avantage ? Bah c’est pour toi, moi, bref le contribuable. Pour couronner le tout, on me chuchote que ce n’est pas éloigné de la réalité.

Vous verrez Dominique de Villepin sous un autre jour.

Taillard de Vorms rappelle un certain Dominique. L’auteur fut l’un de ses proches collaborateurs donc ce n’est pas une coïncidence. J’adore quand Taillard de Vorms pique des crises de nerfs et s’exclame « les gens, c’est des cons ! ». Pour une fois qu’un ministre dit (vraiment) ce qu’il pense. Au passage, vous noterez les coups de Stabilo du ministre qui prépare ses phrases du jour. La dernière fois, je me suis amusée à placer « Il faut combattre le taylorisme du terrorisme ! » au hasard d’une conversation. Mon interlocuteur a acquiescé, comme quoi … ça marche.

Vous passerez un bon moment (oui, je sais, c’est un peu facile).

 Lanzac et Blain nous font rire sans écrire de vacheries. C’est déjà pas courant. On sent le travail quai fusionnel des deux auteurs, les dessins (pas surchargés, ouf!) collent parfaitement au scénario. J’ai une préférence pour les mines déconfites, parfaitement dessinées et qui servent bien les situations loufoques. Pour les fans, Blain expose son travail jusqu’au 7 mars prochain, plus d’infos ici.

 Je croise les doigts en souhaitant la sortie d’un troisième tome ! Bonne lecture.

par Hayat Slimani