Les sorties littéraires d’Avril 2012 (3/3) : découvrez les romans noirs de Knut Faldbakken !

Jusqu’en 2004, le Norvégien Knut Faldbakken disséquait le mécanisme du jeu amoureux dans d’innombrables pièces de théâtre et romans. Depuis, il s’attaque au roman policier en nous contant les intrigues et crimes fascinants qui bouleversent Hamar, une petite ville de la province norvégienne. Retrouvez les trois romans de la série aux éditions du Seuil, dont le dernier qui sort en ce mois d’avril!

Valmann, l’anti-héros d’Hamar 

Hamar existe vraiment. La petite ville devenue grande est la terre natale de Kirsten Flagstad, la célèbre soprano des années 50, à qui on avait reproché une connivence avec le régime nazi. Ici commence la fiction : les personnages des romans de Faldbakken ont tous un lien, direct ou indirect avec cet épisode de l’Histoire. Changeant d’échelle à chaque nouveau roman, l’auteur nous décrit tour à tour le système social d’Hamar, son Histoire et puis enfin, de façon plus personnelle, la vie quotidienne de Jonfinn Valmann et Anita Hegg. Valmann est un héros un peu particulier en cela qu’il ressemble à l’homme ordinaire : veuf inconsolable, il manque d’assurance et même parfois de courage mais qu’importe, le flic honnête s’obstine à rendre la ville moins obscure, moins laide. Il est retombé amoureux en rencontrant Anita, une enquêtrice de quinze ans sa cadette.

L’athlète, un portrait cruel du troisième âge 

Le premier livre de cette série dresse le portrait d’un troisième âge à la dérive, une maison de retraite à ciel ouvert où chacun radote, enfermé dans de vieilles rancunes. Autant dire que ces fringants septuagénaires n’ont pas la retraite tranquille. Lorsque l’un d’eux est retrouvé mort, ayant visiblement essayé de dissimuler les relations sexuelles qu’il a eu la nuit précédente, tout se complique. Deux prétendantes se démarquent : Elise, l’obsédée sexuelle entretenant avec le Christ une relation presque charnelle et Elise, la naïve, qui affirme que le défunt était son fiancé. Un roman noir et complexe.

Frontière mouvante ou commencer s’arranger avec sa conscience 

Deuxième roman, deuxième affaire. Le paysage change un peu même si l’inspecteur Valmann est toujours chargé de l’affaire. Dans un camping à la frontière entre Norvège et Suède, un homme couche avec une jeune femme. Le lendemain, il revient les bras chargés de cadeaux mais elle est partie. Furieux, il comprend peu à peu que c’était une prostituée. Leurs routes se croiseront à nouveau lorsque l’homme renverse une passante. Est-ce la même jeune femme ? Les business plus malsains les uns que les autres fleurissent autour de la frontière mais chacun s’y accommode : les clients de prostituées autant que Brigitta pour qui la prostitution permet d’assurer la location de son camping et mêmes les officiels d’Hamar ne se préoccupent plus de ces gamines russes exploitées. Un roman sur l’indifférence et tous les petits arrangements que l’on accepte en fermant les yeux, contre sa conscience.

Gel nocturne, plongée dans l’enfance de Valmann

Dans ce dernier livre,on découvre Valmann sous un autre jour. C’est un Valmann torturé qui remonte le cours de son enfance et plonge dans ses souvenirs. Trois corps sont découverts à Hamar : le premier a le crâne défoncé près de la petite rivière, les deux derniers sont ceux d’un couple âgés, avec balle dans la tête et os brisés. Valmann est écarté de l’enquête confiée à sa compagne mais ne peut s’empêcher de mener la sienne en parallèle. Qu’est-il arrivé au couple ? Les trois meurtres sont-ils liés ?  Peut-on accuser un ami d’enfance lorsque les doutes s’accumulent ?

Bonne lecture !

par Hayat Slimani

Les sorties littéraires d’Avril 2012 (1/3) : Voyages dans le temps et à travers les continents

En ce mois d’avril, les romans français ou étrangers donnent l’occasion de partir loin, de visiter d’autres époques en suivant des personnages attachants ou audacieux. Aujourd’hui, partons dans le Sahara, à Cuba et dans l’Angleterre du siècle dernier.

L’affinité des traces ou comment  » se souvenir quand tous ont oublié, se souvenir au milieu du désert »

Gérald Tenenbaum est un alchimiste de l’écriture.  Sous sa plume, les mots deviennent poésie  et sonnent comme l’Assak, le violon des Touaregs qui accompagne le récit. De la France du début des années 60 à l’Algérie, Edith fuit sa vie toute tracée, le mari qu’on lui impose et tout le reste.  Elle est affectée dans le Hoggor, les montagnes de l’Ouest du Sahara en tant que secrétaire de la direction militaire. Déracinée de sa culture yiddish, la vie lui semble encore plus morne jusqu’au jour elle découvre la culture des Touaregs, le gout de l’autre. Se laissant apprivoiser par Mariama, une jeune touareg, Edith devient Talyat.  L’affinité des traces (éditions Héloise d’Ormesson) est un hymne au désert, appuyé par une prose poétique et puissante.

La Havane année zéro : l’art du mensonge dans le cuba des années 90

Julia est une jeune prof de math et tente de survivre dans une société cubaine à bout de souffle où l’on ne trouve plus grand chose à manger. Chacun s’accroche à ce qui rend la vie plus supportable. L’oxygène de Julia, c’est trois hommes : Euclides est son ancien prof de fac et ex-amant, Angel l’ amoureux transit qui jouit d’un luxe rare et Leonardo l’écrivain à lunettes. Tous les trois sont fascinés par Muecci, un italien qui aurait inventé le téléphone et tous veulent récupérer le document qui confirmerait leur hypothèse. Les trois hommes mentent. A Julia de démêler le vrai du faux. Un roman de Karla Suarez (éditions Métaillié) sur l’amour hors des conventions et dans lequel vous retrouverez des descriptions de Cuba comme si vous y étiez.

Le manoir de Tyneford de Natasha Solomons, un delicieux roman à l’anglaise. 

Jeune juive de Vienne au début des années 40, Elise est en attente d’un visa pour quitter l’Europe avec sa famille, elle se rend en Angleterre, dans le manoir de Tyneford. La jeune aristocrate devient femme de chambre. Le manoir de Tyneford (Calmann-Lévy), c’est l’histoire d’une héroïne originale, sans qualités particulières mais dont on comprend le tragique déracinement. Solomons nous livre un drame intime dans le contexte de la fin d’une époque et relève avec talent le pari d’écrire plusieurs romans en un seul : un drame, un roman de moeurs sur la vie quotidienne d’une maison de l’aristocratie anglaise et une histoire romantique.

Bonne lecture!

par Hayat Slimani