Notre speed-booking n°4 !

 

En mai, fais ce qu’il te plaît ! Le dicton populaire n’a jamais été plus vrai avec les jours fériés qui se profilent à l’horizon. Du temps pour voyager, pour sortir, pour rire, pour rêver et bien sûr… pour lire ! Et si vous êtes à court d’idées, vous pouvez toujours en piocher dans notre speed-booking.

Ne manquez pas ces nouveaux coups de cœur : ces trois livres originaux et passionnés combleront à coup sûr votre soif de littérature.

« Léger comme un rêve signé Chagall »

J’ai aimé : le ton malicieux, qui nous entraîne dans un rêve éveillé à l’imaginaire loufoque et décalé, et l’histoire d’amour, pleine de douceur et d’optimisme.

La petite ville dans laquelle habitaient Ben et Fontaine n’avait ni début ni fin et l’on pouvait s’y promener toute la journée sans en quitter le milieu. Selon une loi que personne n’était parvenu à établir pour la bonne raison qu’elle n’existait pas, la ville bougeait sans cesse. Les rues et les places, les parcs et les maisons se déplaçaient sans qu’on pût aucunement le prévoir. La seule chose dont on était sûr, c’était que cela se passait plutôt la nuit. Mais le jour aussi.

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« Les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre »

J’ai aimé : la passion âpre et brutale qui se dégage de ces lignes, rythmées par une langue musicale et puissante, et le voyage dans le temps, au coeur des années beatnik dans un ouest américain épris de liberté.

La beat generation n’est pas à proprement parler un groupe mais plutôt une entité informe en perpétuel mouvement, une étoile changeante autour de laquelle gravitent des astres. Jean-Jacques Bonvin s’attache en particulier à la figure de Neal Cassady et tente de restituer la geste de ces forcenés qui, tels des anges hallucinés, cherchent à s’emplir de vie, d’expériences et d’émotions, et se lancent à perdre haleine dans l’aventure avant de la recracher, esseulés, sur le papier. Sa prosodie pleine de liberté retrace aussi le contexte socioculturel des années 50 et 70.

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« Pour que demeure le secret, nous tairons jusqu’au silence »

J’ai aimé : cette famille aux traits si réels qu’il est impossible de ne pas s’y reconnaître, et la plume incisive et grinçante…

Prenez un vilain secret de famille, le genre de squelette qu’on ne laisse jamais sortir du placard. Ajoutez un père légèrement dépressif, une ex-femme qui flirte avec l’hystérie et une fille de dix-sept ans qui découvre son pouvoir sur les hommes. Saupoudrez de sel partout où ça fait mal et laissez mijoter à feu vif… Servez chaud, très chaud.

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Envie d’évasion ? Youboox vous conseille ses meilleures lectures avec le speed-booking n°3 !

Avec le retour du printemps, se plonger dans un bon livre n’a jamais été aussi agréable. Savourer un roman en paressant au soleil donne un petit avant-goût des longues soirées d’été et des grandes vacances qui se profilent à l’horizon.

C’est pourquoi cette semaine, mes coups de cœur se sont portés vers des livres qui m’ont fait voyager, dans l’espace et dans le temps… Que l’on préfère faire un tour du monde en compagnie de Julien Blanc-Gras, partir à l’aventure dans la brousse avec Insa Sané ou encore remonter le temps pour résoudre les mystères séculaires qui parsèment l’Histoire de France, c’est le moment de s’évader avec Youboox !

Un tour du monde intelligent et pétillant

J’ai aimé : humour, curiosité et rebondissements sont au rendez-vous dans ce livre plein de légèreté. Une lecture rafraîchissante qui donne envie de faire son sac-à-dos et de partir à l’aventure !

« Il faut se rendre à l’évidence. Je dois aller dans tous les pays du monde. Je ne trouverai pas le repos dans l’immobilité. Untel veut devenir une star, un autre posséder un yacht ou coucher avec des sœurs jumelles. Je veux juste aller à Lusaka. Et à Thimbu. Et à Valparaiso. Certains veulent faire de leur vie une œuvre d’art, je compte en faire un long voyage. Je n’ai pas l’intention de me proclamer explorateur. Je ne veux ni conquérir les sommets vertigineux ni braver les déserts infernaux. Je ne suis pas aussi exigeant. Touriste, ça me suffit. » Des favelas colombiennes aux hôtels clubs tunisiens, en passant par les karaokés du Yang-tsé-Kiang, les villages oubliés du Mozambique, les vagues polynésiennes… ce promeneur globalisé nous guide à travers l’inépuisable diversité des mondes.

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Un Da Vinci Code de haut vol qui vous glacera le sang

J’ai aimé : L’intrigue parfaitement documentée, la plongée dans des mystères anciens datant de plusieurs siècles, et n’avoir qu’une hâte durant trois jours d’affilée : rentrer chez moi pour enfin connaître la suite !

La disparition mystérieuse dans la cathédrale de Bourges d’’un éminent spécialiste de la fusion froide met en alerte le journaliste Pierre Ventadour. Quel lien peut-il y avoir entre cette disparition et le gigantesque chantage crapulo-terroriste organisé par un groupuscule dénommé « AZF » ? Au même moment, trois meurtres ritualisés conduisent vers de curieux indices laissés il y a plusieurs siècles par deux anciens ministres de Charles VII et de Louis XIV…. À partir de faits réels, l’auteur a imaginé les clefs d’une histoire authentique jamais résolue. Un roman noir superbement écrit, où les angoisses du pouvoir télescopent une enquête menée avec passion.

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Un road-trip initiatique plein d’humour et de poésie

J’ai aimé : la magie du voyage initiatique au Sénégal, et la beauté d’une langue chantante, à la fois orale et littéraire : pari réussi pour un narrateur attachant et haut en couleurs qui nous plonge dans son univers. Un livre qui plaira aux ados comme aux adultes.

Emmerdes, petits flirts et combines foireuses : c’est le quotidien de Djiraël, entre Sarcelles et Gare du Nord. N’empêche qu’il n’est pas très chaud pour partir au Sénégal, son pays natal, avec la  » mater  » et le reste de la famille. Ce sera pourtant l’occasion, pour ce  » Francenabé entre deux mondes « , de basculer dans l’imaginaire des contes africains… et de renouer avec son père.

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Rencontres amoureuses avec les mots… C’est notre speed-booking n°2 !

Si chacun a sa propre histoire avec les livres, ils ne nous laissent jamais indifférents : certains sont comme de vieux amis qu’on aime retrouver, d’autres nous inspirent ou nous font réfléchir, d’autres encore nous agacent… C’est tout le charme de la littérature : on papillonne, on rencontre, on effleure, on découvre de nouvelles saveurs, on déteste ou on se laisse séduire… et parfois, c’est le coup de foudre.

Et lorsque les passions se déchaînent, si elles peuvent nous donner des ailes, ainsi qu’à l’héroïne de Funérailles célestes, elles sont quelquefois brûlantes et destructrices, comme c’est le cas dans Un petit jouet mécanique. Dans Porteurs d’âmes, elles illuminent d’espoir un monde déchiré par la violence…

Voici donc les livres qui ont su toucher mon cœur cette semaine : j’espère, que, tout comme moi, vous passerez des moments délicieux en leur compagnie.

Suspense sous la brûlure d’un été corse

J’ai aimé : la plongée en apnée dans une atmosphère suffocante autant que dans les pensées les plus intimes d’une adolescente, et la beauté du style qui nous happe dès les premières lignes.

Anna, adolescente maussade et rebelle, s’ennuie ferme dans le hameau en ruine où elle passe ses vacances en compagnie de ses parents. Toute à ses rêves d’idéaux, de rock’n'roll et d’ailleurs, elle voit d’un oeil noir l’arrivée d’Hélène, sa soeur aînée qu’elle n’apprécie guère, et du bébé de celle-ci. Tourmentée par la solitude et l’hostilité d’Acquargento, ce lieu sauvage, la jeune fille commence à nourrir des soupçons quant au comportement de sa soeur envers le bébé….

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Une histoire d’amour et de loyauté dans les plaines du Tibet

J’ai aimé : la bouffée d’air procurée par l’histoire de vies si éloignées de la nôtre, le dépaysement, la pureté et la force des sentiments.

Wen et Kejun sont de jeunes étudiants en médecine, remplis de l’espoir des premières années du communisme en Chine. Par idéal, Kejun s’enrôle dans l’armée comme médecin. Peu après, Wen apprend la mort de son mari au combat sur les plateaux tibétains. Refusant de croire à cette nouvelle, elle part à sa recherche et découvre un paysage auquel rien ne l’a préparée – le silence, l’altitude, le vide sont terrifiants. Perdue dans les montagnes du nord, recueillie par une famille tibétaine, elle apprend à respecter leurs coutumes et leur culture. Après trente années d’errance, son opiniâtreté lui permet de découvrir ce qui est arrivé à son mari…

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Qui n’a jamais rêvé de se glisser dans la peau d’un autre ?

J’ai aimé : le mélange détonnant entre l’intrigue haletante, les idées et réflexions originales sur la nature humaine, l’omniprésence de l’amour… on ne peut plus s’arrêter de tourner les pages !

Quel rapport entre une africaine clandestine qui se croit possédée, un jeune privilégié en mal de sensations fortes et un flic en marche vers une nouvelle vie ? Sur le thème très moderne du voyage dans le corps de l’autre, ce roman à suspens ose une totale liberté romanesque pour mieux évoquer la rencontre de l’altérité et la différence. Mais il est avant tout le premier roman d’amour d’un auteur, qui nous surprend encore par l’ampleur de son imaginaire et, plus que jamais, par son efficacité narrative.

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Notre sélection de livres engagés

« Je vous souhaite à tous, à chacun d’entre vous, d’avoir votre motif d’indignation. C’est précieux. » Stéphane Hessel

Il y a un mois, le 27 février dernier, le célèbre humaniste Stéphane Hessel s’est éteint. Il nous laisse pour héritage une série de textes courts et percutants, dont Indignez-vous, pamphlet plein d’espoir qui semble briller comme une étoile nous indiquant la voie à suivre. Chez Youboox, nous avons voulu, à notre façon, rendre hommage à la pensée lucide et optimiste de ce grand homme. Voici donc quelques textes forts d’auteurs qui défendent la cause en laquelle ils croient, et écrivent avec courage et finesse leur vision du monde dans l’espoir qu’elle se répande et que peu à peu, les choses changent.

Stéphane Hessel, Indignez-vous, Indigène

On ne présente plus ce petit pamphlet qui a connu un succès détonnant : à peine une vingtaine de pages pour ce texte court mais puissant à lire et relire sans modération. La lecture de ce livre, tout d’abord, c’est une sensation de soulagement, à l’idée qu’un homme influent reste fidèle à des valeurs essentielles : l’importance de la dignité humaine et du partage, la révolte devant l’injustice et l’écart qui se creuse toujours plus entre riches et pauvres, la nécessité primordiale de la non-violence…

Mais surtout, ce texte, bien que lucide, est porté par un optimisme contagieux, une croyance inflexible en la capacité de l’humanité à s’améliorer, une foi irréductible dans le pouvoir de chacun d’entre nous à agir et à changer les choses. Un livre qui dit non à l’indifférence, qui proclame dans la lignée de Sartre la responsabilité de chacun en tant qu’individu, et qui fait du bien au moral !

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Wendy Delorme, Insurrections ! en territoire sexuel, Au Diable Vauvert

Lorsque l’indignation se fait insurrection, c’est Wendy Delorme qui prend le relai avec un recueil de vingt textes qualifiés par l’auteur de « fictions politiques ». Les femmes sont à l’honneur, changeantes et insaisissables dans ces textes qui déclinent les innombrables facettes de leurs personnalités. A la fois guerrière et vulnérable, amoureuse et charnelle, tendre et violente, la femme louvoie entre masculinité et féminité, défiant sans relâche les normes que la société tente de lui imposer.

A travers ces portraits de femme portés par une langue vibrante et passionnée se déroule une réflexion sur l’identité, la construction du genre, la sexualité. A l’image de ses personnages, ce livre se laisse difficilement enfermer dans un genre : c’est un ovni littéraire, écrit dans un style riche, ardent, parfois cru, qui se dévore  d’une traite. La plume est acérée, parfois drôle, souvent intime, puisque s’adressant à un « tu » évanescent dans lequel le lecteur peut discerner son reflet.

Au-delà du discours politique, des valeurs féministes, de la défense des droits des homosexuels, Insurrections ! En territoire sexuel sonne comme un hymne à la liberté d’être soi.

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Haydée Sabéran, Ceux qui passent, Carnets Nord

« On entend parler d’eux quand ils coulent dans une barque au large de Lampedusa ou quand on les retrouve, gelés, dans le train d’atterrissage d’un avion à Roissy. Un peuple de clandestins, un phénomène mondial qui effraie l’Europe. Pourtant, pour une poignée de gens du nord de la France, ces migrants ont un visage, une histoire, un prénom. Ici, dans les forêts, les chemins creux des villages, on croise des hommes, quelquefois des femmes, qui ont vu leur voisin de traversée mourir de soif dans le désert, qui brûlent leurs empreintes digitales sur des clous chauffés à blanc et ne dorment plus jamais dans des draps.

Haydée Sabéran nous raconte ces existences, celles des migrants et des habitants, qui se mêlent et souvent se réchauffent l’une l’autre. Elle livre un récit poignant qui donne à réfléchir sur la vie − la leur et la nôtre −, sur ses ressorts, insoupçonnés parfois, sur ce qui nous motive et nous porte. »

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Bastien Cazals, Je suis prof et je désobéis, Indigène

Un sujet d’actualité après la réforme récente : ce court texte est né de la plume de Bastien Cazals, instituteur et directeur d’école, à la suite d’une lettre envoyée au Président de la République lors des réformes de 2008, et qui expliquait son refus d’obéir.

L’auteur dresse un tableau alarmant des conséquences des réductions de budget, des coupes drastiques dans les effectifs d’enseignants et de personnel.  Il dépeint un futur inquiétant : la « mutation de l’école en entreprise » a déjà commencé, les réformes tendant vers une vision mécanique de l’apprentissage qui ne s’attache qu’aux résultats. Au-delà des coupes budgétaires, Bastien Cazals dénonce « une véritable entreprise idéologique de déconstruction de l’école publique ». Dans un monde où tout semble être dicté par les chiffres, le rôle primordial de l’éducation doit plus que jamais être défendu au nom de l’égalité des chances, et c’est ce que nous rappelle ce texte plein d’espoir.

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Aïssa Lacheb, Plaidoyer pour les justes, Au Diable Vauvert

« J’ai écrit mon manuscrit en quelques jours, sur un coup d’immense colère, mais je l’ai longuement porté en moi. Ne croyez pas que ce qui y est dit l’est à la légère ; vous vous tromperiez. Chaque mot, chaque phrase y a son importance. »

L’auteur de ce roman a été condamné à quinze ans de réclusion. Il n’a tué, blessé, frappé personne : il a braqué une banque. Révolté, il écrit un réquisitoire féroce contre cette justice absurde, qui condamne violeurs et tueurs à des peines moins lourdes que lui. Ce texte est un long cri de rage qui s’exprime sous la forme d’un dialogue entre deux compagnons de cellule, dans une langue dense, parfois étouffante tant les mots semblent se bousculer face au sentiment d’impuissance du narrateur. Plaidoyer pour les justes est un livre marquant, que vous n’oublierez pas de sitôt.

« Il dynamite le langage. » François Busnel, L’Express

« Ça n’a rien à voir avec la rentrée littéraire, c’est vraiment un livre important et on n’en a pas encore lu de pareil. » Virginie Despentes, Rock & Folk

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Interview : Gabriel Eugène Kopp, auteur de notre nouveau feuilleton littéraire Para Bellum !

Ce mois-ci, Youboox publie la première saison d’un feuilleton littéraire inédit : vibrez au rythme des vingt épisodes de la série Para Bellum, un polar trépidant né sous la plume alerte de l’écrivain Gabriel Eugène Kopp. Youboox a voulu en savoir plus sur la genèse de l’œuvre et a donc interviewé ce poète à la croisée des genres. Auteur des romans de science-fiction Au nord-nord-ouest d’Eden et La dernière nécropole, son recueil de poèmes Mots de passe a été couronné du prix Jean Cocteau en 2010.

"Pour moi, la culture, c'est une profession de foi" photo DNA

D’où sont venues l’idée et l’envie d’écrire Para Bellum ?

Ce texte est né d’une certaine fascination pour le polar, mais aussi de l’envie d’expérimenter la façon dont on peut sortir d’un genre. La première saison a pour origine un roman, écrit il y a quelques années pour entrer dans ce domaine très fermé du roman policier. Les ingrédients essentiels y sont : un mystère, des personnages coupables que les indices désignent, des conclusions hâtives, une solution imprévue qui concorde avec les observations et le raisonnement… Si ce texte est peut-être une façon de se moquer du genre, c’est aussi et avant tout un hommage, une manière de lui prouver mon respect. L’aspect science-fiction du texte s’est imposé ultérieurement.

 

Le fait de tendre vers la science-fiction vous a-t-il aussi permis d’écrire plus librement ?

Situer l’intrigue dans un avenir relativement proche, comme c’est le cas pour Para Bellum, permet de prendre certaines libertés, tout en conservant une vraisemblance grâce à laquelle le lecteur peut toujours s’identifier. Dans le polar au sens strict du genre, les sources de documentation sont toujours exigibles, alors que la science-fiction est intéressante car elle permet de sortir des frontières de ce que la documentation nous impose.

Jérémy est un personnage ambivalent, à la fois « loser » et expert dans son domaine : est-ce cette ambiguïté qui vous a plu chez le personnage et que vous avez aimé écrire ?

Pour moi, Jérémy n’est pas un « loser ». C’est un professionnel extrêmement compétent qui a été mis sur la touche. On peut dire qu’il est atteint du mal du siècle : il est naïf, il est un peu dépressif, et surtout il a été trahi. On a donc affaire à un type incroyablement efficace, dans mon idée, mais qui, parce qu’il s’est fait virer, devient lucide. C’est à travers la souffrance que naît souvent cette lucidité. Il y a une expression allemande qui dit « c’est avec des ennuis qu’on devient intelligent ».

"Un concept entre tradition et modernité : il y a une persistance dans les formes, comme une survivance imaginaire"

En effet, cette souffrance se ressent à la lecture : au début de l’histoire, le héros est dans un état peu enviable. Vous tenait-il à cœur de traiter de thèmes comme la solitude, la pauvreté ou l’isolement ?

L’histoire de Jérémy fait écho à l’époque actuelle, avec laquelle je me sens en décalage. Beaucoup de gens reçoivent d’excellentes formations et développent des compétences extraordinaires, et deux jours plus tard, ça n’intéresse plus personne et ils sont mis dehors. J’ai voulu traiter avec un peu d’humour ce côté tragique chez le héros : c’est pour cela que je l’ai baptisé Jérémy. Il y a ici une référence biblique au prophète Jérémie, qui s’est senti abandonné de Dieu. Je n’ai pas du tout décrit le personnage comme un perdant, mais comme quelqu’un qui a vécu une désillusion.

Il est vrai qu’on  trouve souvent dans Para Bellum de l’humour et de l’ironie : était-ce une manière de mettre à distance une certaine gravité de vos thèmes ?

C’est avant tout un certain cynisme, une espèce de désespoir qui pourrait saisir n’importe qui à l’idée que, comme Jérémy, l’on peut s’investir énormément dans quelque chose sans résultats. Et surtout, le cynisme permet de mettre à distance un constat moral : l’idée que la société occidentale semble aujourd’hui être plus préoccupée de son ego que de son alter ego, c’est-à-dire plus tournée vers son « soi » étriqué que vers une découverte de l’autre et de sa richesse.

Vous disiez plus tôt que le genre de la science-fiction vous avait permis d’écrire de façon un peu plus libre. La forme courte du feuilleton ne s’est-elle cependant pas imposée comme une contrainte ?

La contrainte ne me gêne pas. Depuis que je suis publié, je suis confronté à des éditeurs ou à des correcteurs très intelligents qui m’imposent des contraintes et qui m’amènent à sortir du premier jet pour modifier la forme et les contenus, pour améliorer mon texte… C’est un travail que j’adore. La frustration est quelque chose qui me fait avancer. Ce qui peut m’apprendre quelque chose me fait grandir. Dans ce feuilleton, la contrainte était bien présente puisque j’ai choisi de réutiliser partiellement la forme du feuilleton classique, c’est-à-dire qu’il faut rappeler en deux ou trois lignes l’épisode précédent puis annoncer l’épisode suivant, afin laisser le lecteur dans le suspense jusqu’à la prochaine publication.

Cette contrainte a-t-elle influencé votre style ? Comment s’est passé le processus d’écriture ?

A l’origine, quand j’ai écrit Para Bellum, c’était par enthousiasme, et plutôt dans l’idée de créer un roman composé de quatre grandes parties, donc plutôt un format long. Lorsque j’ai rencontré Fabien Sauleman de Youboox, la discussion nous a menés vers ce projet, que je lui ai proposé de manière quasi intuitive : pourquoi pas un feuilleton ?

"Il faut bien alimenter ses rêves..."

 

Le streaming est quelque chose qui nous met à l’écoute d’une actualité du besoin, une forme qui ne nécessite pas une concentration constante. J’ai trouvé cette idée formidable : on est ici dans une forme du numérique bien plus moderne que la simple publication de livres sur tablettes ou liseuses, qui s’inscrit toujours dans la lignée du livre papier. Je me suis demandé ce qui, sur le plan formel et dans l’histoire de la littérature, pouvait correspondre à cela. Le feuilleton littéraire était un cadre en bas de page des journaux : il y a donc des formes qui persistent ; on retrouve une certaine concomitance, comme une survivance imaginaire. Un feuilleton littéraire en streaming est donc un concept qui va très loin dans la modernité et qui pourtant se nourrit de la culture classique.

Ces notions de streaming et d’épisodes renvoient également aux imaginaires de la télévision ou du cinéma. Etes-vous aussi influencés par ces formes artistiques ? Quelles sont les oeuvres qui vous inspirent ? 

Au niveau cinématographique, mes influences majeures sont très classiques : Fellini, Tim Burton, Tex Avery…. Quant à mes influences littéraires, elles sont très diverses, et vont de Thomas de Quincey à Sigmund Freud ou Tristan Corbière, que j’aime beaucoup lire. Du point de vue du style, j’ai été très influencé par Conan Doyle : je trouve fabuleuse la manière dont il arrive à tisser des ambiances. Et puis Shakespeare, un des grands producteurs de textes apocalyptiques, ou encore André Gide, modèle absolu du style selon moi. Enfin, des auteurs comme Jim Thompson m’ont beaucoup inspiré grâce à leur travail sur le polar et la sociologie. Et bien sûr, les romans de science-fiction et les biographies de grands explorateurs : il faut bien alimenter ses rêves… La culture, c’est une profession de foi !

Vous pouvez lire les premiers épisodes de Para Bellum ici.

Merci à Gabriel Eugène Kopp !

Propos recueillis par Hayat Slimani et Camille Vitton

Interview : Laurent Bettoni, auteur du roman Les corps terrestres !

Sorti en 2005, Ma place au paradis a permis au public de découvrir la plume bien acéré de Laurent Bettoni. Il a fait de l’amour sous toutes ses formes, son sujet d’écriture favori. Avec Les corps terrestres, il dissocie sexe et amour en mettant en scène un triangle amoureux.

Interview : Laurent Bettoni (Partie 1) 

Interview : Laurent Bettoni (Partie 2)

Interview : Laurent Bettoni (Partie 3)

Interview : Laurent Bettoni (partie 4)

Nos remerciements à Laurent Bettoni.

Propos recueillis par Hayat Slimani.